La Motte Chalancon

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Agriculture dans la vallée de l'Oule

L’AGRICULTURE DANS LA VALLEE DE L’OULE ET SON EVOLUTION
(Inspiré de la récente publication des Cahiers de l’Oule : « Le Pays de l’Oule », J.C. DAUMAS, 2010)

La première révolution agricole, fin XIXe- début XXe siècles, avait été celle de la mécanisation et des engrais chimiques : elle avait permis la croissance des rendements et de la productivité. La seconde, à partir des années 1950, a été celle de la motorisation avec l’apparition du tracteur qui a permis une mécanisation des travaux agricoles de grande ampleur, suscitant par là même une spécialisation plus ou moins poussée des exploitations.Agriculture - Champ et balle-rondes

En une quinzaine d’années - de 1955 à 1970 environ – le tracteur a fait disparaître la traction animale. Ces tracteurs, dont la puissance a triplé ou quadruplé en 40 ans, ont permis de mécaniser totalement la plupart des façons culturales et des récoltes.

Cette mécanisation généralisée était achevée vers 1975 pour les céréales et les fourrages, une dizaine d’années plus tard pour les noix et lavandes. Un agriculteur actuel produit au moins 20 fois plus vite que son aïeul de 1900. On est donc à des lieues de l’agriculture « paysanne » des années 1950 et début 1960, où l’autoconsommation, liée à une polyculture et un poly-élevage généralisés, était encore importante : vigne, jardin, cochon engraissé, poulailler et clapier, laitages fournis par quelques chèvres.

la spécialisation des exploitations agricoles est allée de pair avec une rénovation qui avait d’ailleurs débuté très tôt : plantations de pommiers et de poiriers en véritables vergers depuis la fin des années 1930 (la Motte et Montmorin) qui n’ont pas survécu à la chute des cours des années 1960 ; implantation d’élevages hors sol de poules pondeuses dans de petites unités d’un millier de têtes : 9 en 1966, 4 seulement en 1975 : le coût du transport d’une nourriture pour volailles totalement importée a dû jouer.

Cette amélioration des pratiques agraires est allée de pair avec une très forte réduction des exploitations et des agriculteurs. En 2007, à côté d’une dizaine d’exploitations marginales, il ne reste qu’une quinzaine de secondaires et une quarantaine d’importantes : parmi ces dernières, 5 ou 6 à Bellegarde et Bruis, aucune à Establet et Pommerol (dont les terroirs sont exploités par des agriculteurs de communes voisines), soit 2 à 3 en moyenne par commune.

LES ELEVAGES

Les élevages restent l’activité agricole principale, d’autant qu’ils impliquent une intense production de fourrages et de céréales.

Troupeau de brebis en transhumanceL’élevage ovin :
Les très nombreux petits troupeaux d’autrefois ont laissé la place à un petit nombre de gros troupeaux ; le nombre total de brebis n’a guère varié en 40 ans, si on excepte la chute récente. Des bergeries nouvelles, fonctionnelles, abritent les principaux troupeaux, forts de 150 à 350 brebis, sans omettre les deux géants de 450 et 750 têtes.

Ce sont toujours des « Préalpes », race locale parfaitement adaptée à la moyenne montagne sèche méditerranéenne, élevées pour la vente d’agneaux âgés de quelques mois. Lorsque le temps est favorable, les brebis pâturent à l’extérieur soit à proximité de la bergerie soit, l’été, à plus grande distance sur les pelouses d’alpage comme celles de la Servelle de Brette et de ses environs. Le gardiennage direct d’autrefois a été à peu près totalement remplacé par l’utilisation de parcs (clôtures fixes ou mobiles) et la vente des agneaux, en partie sous label, se fait à des coopératives.

Troupeau de quelques chèvresL’élevage caprin :
L’élevage caprin a été encore plus radicalement transformé. Si le cheptel est resté aux alentours de 900 têtes, il se ventilait dans les années 1950-1960 en un très grand nombre de tout petits troupeaux (191 en 1966, 5 chèvres en moyenne) ; aujourd’hui, il se concentre en 8 grands troupeaux de 100 têtes de moyenne (50 et 200 pour les extrêmes). Pour deux d’entre eux, c’est vente du lait à la coopérative laitière de Crest ; pour les six autres, la fabrication de fromages surtout en vente directe. Autres différences : les chèvres rustiques d’autrefois ont été remplacées par des « chamoisées » plus productives en lait.

Troupeau de jeunes bovinsL’élevage bovin :
L’élevage bovin dans les années 1950 à 1970 ne concernait que quelques vaches laitières à la Motte et Rottier. Depuis deux décennies, ce sont des « vaches allaitantes » (élevage de jeunes bovins pour la viande) et en forte hausse : 140 en 2000, 185 en 2007 grâce à trois troupeaux, les deux principaux ayant 50 et 100 têtes. Les pâturages d’altitude des parages de la Servelle et de Pommerol accueillent la plupart des bovins en estive. Pour nourrir l’ensemble du cheptel lorsqu’il ne broute pas au dehors, les éleveurs produisent en quantité des céréales et encore plus des fourrages sur un petit millier d’hectares.

 
LES FRUITS ET LES FLEURS

Si en ces domaines les changements n’ont pas été aussi radicaux, ils n’en sont pas moins réels. Les superficies en vergers de fruits périssables sont restées du même ordre : une centaine d’hectares en 1966 comme aujourd’hui.

Prunes Reine Claude et Santa Clara Les arbres fruitiers :
Il n’y a pas eu de modifications notables pour les pruniers en dehors du fait qu’ils correspondent maintenant à de véritables vergers et de nouvelles variétés comme la Santa Clara ; en 1966 c’était uniquement des Reine Claude, et les arbres dispersés prédominaient.

AbricotsPour les autres fruitiers, les poiriers et pommiers des années 1950 et 1960 ont été remplacés par des cerisiers et surtout par des abricotiers - « l’or orangé des Baronnies » : l’abricot, est devenu le fruit principal de la vallée de l’Oule.

Autrefois La Motte l’emportait sur Montmorin et Cornillon ; actuellement les fruits sont la spécialité de la Haute Oule : Bruis, Montmorin, Sainte Marie et son « annexe » de la Fromagère (Pommerol) possèdent les 2/3 du verger, loin devant Cornillac. Les principaux producteurs sont naturellement équipés de chambres froides et de calibreuses.

Noyeraie à CornillacPour la noix aussi, la Haute Oule domine, mais ce n’est pas nouveau (60% autrefois comme aujourd’hui d’une noyeraie, qui s’est cependant réduite : 160 hectares en 1966, 125 en 2000).

Les plantes à parfum :
Quant aux plantes à parfum, leur baisse est plus forte pour le tilleul que pour les lavandes. Si dans les années 1950 à 1980 tout le monde ou presque ramassait du tilleul, y compris en louant les tilleulsTilleul des Baronnies communaux, maintenant ce n’est plus qu’une minorité qui le cueille : quelques dizaines de personnes et encore… Un déclin profond qui n’a pu être enrayé ni par le marché au tilleul de la Charce créé en 1983, ni par sa valorisation en « bio ». Deux habitants de la vallée de l’Oule président le syndicat et la Confrérie du tilleul ; un troisième a réalisé le site Internet (www.tilleul-baronnies.com).

Champ de lavandeEvolution plus complexe pour la lavande et le lavandin dont les hauts cours du milieu des années 1950 ont souvent permis l’achat du premier tracteur. La lavande était coupée dans les années 1960 à la main sur de vastes surfaces incultes dans chaque commune. Devenues ensuite une véritable culture (par la mécanisation des façons culturales, et l’utilisation de fertilisants et désherbants), les lavanderaies se sont concentrées sur la Motte, Chalancon et Volvent, secondairement à Bellegarde, Cornillac et Sainte-Marie, alors qu’elles disparaissaient presque totalement de leur ancien point fort de Saint-Dizier. C’était l’époque où l’alambic de la SICALAV, installé à la Motte en 1969, suffisait à peine à la mi-août. En ce début de XXIe siècle, la mévente qui a suivi l’apogée des années 1970 et les atteintes physiques récentes (gel, sécheresse, maladie) ont fait baisser de moitié les surfaces en lavandes et lavandins, désormais liées aux exploitations qui ont misé sur cette production.

 


AUTRES CONSTATS

Il est trop tôt pour se prononcer, mais c’est l’occasion d’évoquer quelques éléments significatifs :
- Les agriculteurs sont de mieux en mieux formés et s’ouvrent à la pluri-activité ;
- Ils sont impliqués dans la vie collective locale, mais aussi régionale.
Ceci dans un contexte fluctuant rempli d’interrogations.

Camping à la fermeConcurrences internes : utilisations multiples (loisirs, nature) - et parfois conflictuelles - de l’espace naturel dans lequel s’inscrivent les pratiques agraires.
Concurrences externes : productions (plaines françaises, Europe, Monde) et politiques économiques (nationale, européenne (PAC), mondiale (OMC).
Rôles - parfois contradictoires - que la société assigne aux agriculteurs.
Parmi les pistes de rénovation souvent proposées, on en retiendra deux déjà plus moins mises en pratique :
- Des productions de qualité (labels, dont celui de « bio »)
- La pluri-activité entre l’agriculteur et conjoint ayant un autre métier ou entre production et accueil.

Reste l’habituel problème de succession : qui reprendra l’exploitation agricole ? Tout cela ne doit pas masquer l’évolution essentielle du dernier demi-siècle : des agriculteurs beaucoup moins nombreux, mais qui produisent autant, sinon plus et en beaucoup moins de temps que leurs devanciers des années 1950.



 


 

Photos Robert LAUDET et Jean-Claude DAUMAS


Extrait du livre « Le Pays de l’Oule », édité par les Cahiers de l’Oule, J.C. DAUMAS, 2010.

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